Est-il plus facile d'adopter un bébé ou
un jeune enfant ? Faut-il garder son prénom d'origine, maintenir le
lien avec son pays de naissance ?... Adopter à l'étranger est un long
chemin souvent encombré de fantasmes et de préjugés.
Mises au point avec les conseils de Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre.
1. L'adoption, une merveilleuse aventure
Le difficile parcours qu'est l'adoption demande une telle énergie que les parents, souvent, ne tiennent bon qu'en idéalisant la venue de l'enfant tant espéré. Or, comme avec la procréation, la joie d'accueillir un enfant se double d'un bouleversement du foyer. L'enfant doit trouver ses marques, et il ne se comportera pas toujours comme le trésor imaginé.
« C'est une filiation
particulière qui comporte des risques qu'il faut savoir évaluer, met en
garde Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre. Aller chercher un enfant en
s'imaginant qu'il n'attend que vous, c'est reporter son propre désir
sur lui. On parle beaucoup des origines, mais l'origine psychique est
la plus importante. Il ne faudrait pas que les parents mettent sur un
piédestal cette forme de filiation, en compensation. L'adoption est une
aventure à risques. »
2. Un bébé, c'est tellement mieux
Loin d'être une page blanche, un nourrisson a déjà une histoire. A moins de 6 mois, les risques de maladies, les traumatismes subis avant et après la naissance sont difficiles à déceler. « Tous les parents ne peuvent pas assumer ce degré d'inconnu ni pouponner, souligne Pierre Lévy-Soussan. Pour un enfant de 4, 5 ou 6 ans, on dispose souvent de plus de renseignements sur son état physique et psychique. »
Autre avantage : dès 3 ans, l'enfant partage son adoption... et adopte
aussi ses parents. Et à l'adolescence, les choses seront plus
naturelles à expliquer.
3. Mieux vaut garder son prénom d'origine
Et si ce prénom lui avait été donné par la directrice de l'orphelinat ? L'important est le prénom choisi par l'adoptant, qui s'inscrit dans sa propre histoire familiale. « Ne pas changer son prénom de départ, le laisser décider, c'est ne pas assumer le geste d'adoption, assure Pierre Lévy-Soussan. Certains parents me disent que ce n'est pas à eux de choisir, qu'il choisira plus tard. Mais aucun enfant n'a le choix ! Au contraire, cette attitude le met dans une sorte de non-choix difficile à assumer. » D'ailleurs, dès 3 ans, beaucoup d'enfants rejettent, souvent violemment, leur prénom d'origine.
Respecter l'enfant, c'est comprendre que ce prénom fait partie de son
histoire préadoptive et ne regarde que lui. Le lui garder en deuxième
prénom est un bon compromis.
4. On adopte peu d'enfants noirs en France
Faux : en 2004, sur un total d'environ cinq mille enfants adoptés en France, quatre mille soixante-dix-neuf enfants étaient d'origine étrangère (1), et plus d'un tiers étaient noirs (originaires d'abord d'Haïti, d'Ethiopie et de Madagascar). Environ un tiers des enfants proposés à l'adoption nés dans l'Hexagone sont métis ou noirs. « Il est absurde de dire que tel type d'enfant s'insère mal. L'insertion d'un enfant dépend d'un tout, de son histoire avant et avec ses parents de naissance comme de l'histoire de ses parents avant et avec lui.
Tous les enfants ne peuvent pas aller chez tous les parents. Il faut
que les parents puissent s'exprimer sur leurs affinités avec tel ou tel
pays. Cela fait partie du chemin vers l'enfant, il faut le respecter.
Plus vous allez forcer les choses, plus vous allez provoquer des
problèmes. »
5. Il faut valoriser son pays de naissance
Cela peut être très déstabilisant, sauf si l'on est toujours en contact avec ce pays, pour des raisons professionnelles par exemple : le lien n'est alors pas centré sur les origines de l'enfant. S'il ne manifeste pas d'intérêt particulier pour son pays de naissance, mieux vaut éviter de le persuader que cet endroit est merveilleux uniquement parce qu'il y est né.
« Respecter la culture du
pays ne veut pas dire pratiquer un forçage culturel, explique Pierre
Lévy-Soussan. Cela ne correspond à rien et trahit un sentiment de
culpabilité chez les parents : on a transgressé les lois de la nature
en allant chercher un enfant. En même temps, cela peut servir de masque
: on remet l'enfant dans sa culture d'origine en ne s'appropriant pas
les mécanismes de filiation qui ont amené cet enfant-là dans cette
famille-là. »
6. Il voudra retrouver sa mère biologique
Le cliché est tenace. Mais identifier n'est pas connaître. Savoir d'où l'on vient est indispensable pour se construire, connaître ses géniteurs est une autre histoire... Les enfants adoptés sont loin d'éprouver tous le besoin viscéral de savoir qui les a mis au monde. « Dans notre société, on occulte le lien entre l'abandon et l'adoption, observe Pierre Lévy-Soussan. Il y a encore un énorme tabou : admettre que ce n'est pas la biologie qui fait la filiation. L'abandon est, pour moi, une IVF, interruption volontaire de filiation. Et plus cet acte est élaboré et préparé, plus ce sera facile pour la mère de naissance et l'enfant. Le délaissement (le fait d'être négligé) est bien plus difficile à assumer pour un enfant que l'abandon. »
(source: msn france)

L'adoption est une aventure merveilleuse, faite d'amour mais aussi d'épreuves difficiles. Des choix s'imposent, un bébé ou enfant? prénom d'origine ou prénom choisi? autant de questions auxquelles cet article tente de répondre en 6 points.